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  • Jimmy Salchegger

1515 kilomètres de large

Dernière mise à jour : 30 août

(Partie 1)

 

Alors, raconte-nous...

« Comment c'était les vacances ? »

« Tu as vu de beaux paysages ? »

« Tu as fait de belles rencontres ? »


Je savais bien sûr que mon pèlerinage prendrait fin et que j’allais être confronté à ces questions à mon retour.


Alors comment résumer en quelques minutes une aventure qui se conjugue au présent, une expérience de plus de 60 jours qui consiste chaque matin à faire son sac, enlever les draps jetables du lit, mettre ses chaussures et partir sur le chemin pour une bonne partie de la journée.


Pour qui me prendrait-t-on si je répondais simplement :


« Comment c’était les vacances ? »

- En fait je ne pense pas pouvoir vraiment appeler ça des vacances, même si je suis conscient que cela peut en avoir l’air d’un regard extérieur, mais le chemin c’est bien plus que ça.


« Tu as vu de beaux paysages ? »

- Bien sûr qu’il y avait de beaux paysages et de moins beaux aussi.


« Tu as fait de belles rencontres ? »

- Oui de très belles rencontres bien entendu et d’autres un peu "spéciales" on dira. En fait tu sais, le chemin c’est un peu comme la vie de tous les jours, il y a de belles choses et de moins belles aussi (bonjour philosophie).


« Tu as eu le temps de réfléchir à ta vie ? »

- Non pas vraiment, tu sais je voulais me déconnecter un peu et c’est paradoxal, mais quand on fait le chemin tout va très vite malgré le rythme plutôt lent de la marche. On ne voit pas le temps passer et le but de mon aventure n’était pas de réfléchir précisément "à ma vie".

 

Comment expliquer sans froisser personne ni faire mine de passer pour un pèlerin blasé ou pire encore un aventurier hautain que même si je le voulais je ne pourrais pas raconter les 1515 kilomètres que j’ai parcourus ?


D'autant plus qu'aussi étonnant que cela puisse paraître, tout commence maintenant pour moi. D'anciens pèlerins m’avaient déjà prévenu, le plus important se passe après le Camino lorsqu’on commence à prendre conscience de ce qu'il s’est passé, lorsqu’une multitude de détails et souvenirs nous reviennent, c'est exactement ce que je vis depuis mon retour.


J’espère ne décevoir personne mais je ne suis pas parti avec une grande question à résoudre et je n’ai pas été frappé d’une révélation soudaine en marchant si ce n’est celle d’être en train de vivre une magnifique aventure et de repousser mes limites un peu plus chaque jour.


Je crois qu’une quantité infime de pèlerins sont frappés par une révélation sur le chemin, on pourrait presque envier la minorité de personnes à ce qui cela arrive pour autant qu’on en attende une. Je suis surtout parti dans le but de vivre une expérience spirituelle, sociale et culturelle hors du commun et parce que j'en ressentais le besoin, si je devais résumer rapidement.


Je peux toutefois vous confier qu’en marchant, j’ai lu plusieurs fois sur les murs que l’important n’était pas la destination mais le chemin pour y parvenir. J’ai compris le sens profond de cette phrase que je trouvais très « bateau » seulement lors de ma dernière étape lorsque mon corps et mon esprit ont atteint la frénésie la plus totale. J'ai ainsi parcouru au total 51 kms au lieu des 29 kms prévus ce jour-là, marquant mon arrivée sur le parvis de la cathédrale de Santiago un jour plutôt que prévu.


Etonnement l'arrivée m’apparut presque « comme une fin d’étape normale », c'est à dire comme j’en avais vécu d’autres depuis 2 mois.


Ce n’est que le lendemain au bureau des pèlerins de Santiago que j’ai réalisé ce que j’avais accompli et surmonté non seulement la veille mais chaque jour depuis mon départ ; les douleurs, les doutes, l’envie d’abandonner, l’envie de crier, les larmes et les joies déclinées sous une multitude de formes passant des rires aux chants ou aux chorégraphies (pas toujours réussies) avec mes bâtons de marche sur le chemin.



« Et la suite alors, tu vas repartir ? »

- Mon sac et mes chaussures sont rangés pour l'instant. Je ne repartirai pas à Saint-Jacques-de-Compostelle, voilà ce que je peux dire. J’ai aimé la magie de ce moment unique.


« Tu peux enfin nous dire que maintenant tu aimes marcher au moins ? »

- Oui et non, en fait j’aime surtout la déconnexion que la marche apporte. Enfin c'est ce que je croyais.

 

Et puis lors de mon périple, j’ai rencontré une pèlerine qui m’a questionné au sujet de cette dernière réponse.


« TU aimes la déconnexion ou la reconnexion que la marche apporte ? »

Ce jour-là j’ai compris et j’ai souri. Le chemin parcouru sur le Camino de Santiago n’avait pas pour but de me déconnecter, mais bel et bien de me reconnecter.


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